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samedi 5 décembre 2009

Théâtre, un moment très fort en compagnie d'un enfant soldat: , Allah n'est pas obligé au Lucernaire


Les enfants soldats, on en a beaucoup parlé. Mais leur parole n'est pas toujours entendue. Allah n'est pas obligé  une " farce carnassière”, tirée du livre éponyme de Ahmadou Kourouma (Goncourt des Lycéens et prix Renaudot), publié en 2000 aux éditions du Seuil,  vient réparer ce manque.
Mis en scène pour le théâtre par Laurent Maurel, avec deux comédiennes sur scène (Caroline Filipek et Vanessa Bettane ou Tatiana Werner), "blanches et trentenaires" comme le dit le dossier de presse, le spectacle, actuellement au Lucernaire, restitue toute la violence et l'infinie tristesse et l'immense envie de vivre de  Birahima, orphelin qui prend part aux guerres de Sierra leone et du Liberia pour survivre.

Cette violence de l'enfant bourreau, de  l'enfant victime est restituée avec une énergie borderline, flirtant avec le jeu du clown, la danse, le mouvement, les gestes sur un texte à écouter, vraiment, le "blablabla" d'un enfant muni de quatre dictionnaires pour inventer sa propre langue.
"suis insolent, incorrect comme barbe d’un bouc et parle comme un salopard. Je dis pas comme
les nègres noirs africains indigènes bien cravatés : merde ! putain ! salaud ! J’emploie les mots malinkés comme faforo ! (Faforo ! signifie sexe de mon père ou du père ou de ton père.) Comme gnamokodé (Gnamokodé signifie bâtard ou bâtardise.) Comme Walahé ! (Walahé ! signifie Au nom d’Allah.) Les Malinkés, c’est ma race à moi. "

Le jeu des comédiennes, l'adaptation , les sons, la mise en scène foncent tambour battant et on est épatés dès les premières secondes par cet objet théâtral, spectaculaire et simplissime, vraiment beau, salutaire, où les moments s'enchaînent entre humour et désespoir, tendresse et damnation.

La pièce tourne depuis  trois ans en France et à l'étranger. Pour en savoir plus, un excellent dossier pédagogique, ici.
Crédits photo: Éloize Brézault, Yannick Croizier - © Compagnie Antre-Deux - 2009 

Jusqu'au 3 janvier 2010. Du mardi au samedi à 18h30 et les dimanches à 17heures.

mercredi 25 novembre 2009

Théâtre: journée cinémathèque à la Tempête

Hasard de la programmation ou volonté délibérée, les deux spectacles donnés en ce moment à la Tempête ont donné lieu à deux films de cinémathèque: Soudain, l'été dernier de Mankiewicz (1959) avec Katharine Hepburn, Monty Cliff et Elisabeth Taylor, et Liliom de Fritz Lang (1934) avec Charles Boyer, Madeleine Ozeray, et même Antonin Artaud....

Bien sûr, à l'origine, il s'agit de deux pièces de théâtre. La première est de Tennesse Williams (dossier de presse, ici ), un auteur en vogue cet automne (voir billet sur la ménagerie de verre, à la Commune d'Aubervilliers) et que l'on (re)découvre avec bonheur, dans une nouvelle traduction de Marie-Claire Pasquier et Jean-Michel Déprats.
La mise en scène de René Loyon s'appuie sur le charme sans doute vénéneux...et carnivore (comme la Vénus du jardin de Sebastian  qu'il nourrissait de petites mouches noires) d'une de ces belles propriétés du chic Garden District de la Nouvelle Orléans. La mère de Sébastien (en français), Madame Venable (Agathe Alexis) y a convié un jeune médecin, neuro-psychatre, spécialiste de la lobotomie  pour qu'il la pratique sur Catherine (Marie Delmarès), la jeune cousine internée à Sainte-Marie, Catherine la folle qui a accompagné Sébastien lors de son voyage à Cabeza de Lobo, la station balnéaire où il est mort.


Malade, mais magnifique, inflexible, la mère de Sébastien veut à tout prix perpétuer l'image de son fils, le poète, chaste, sensible, élégant et dispose de tout le pouvoir que donnent l'argent et le respect porté aux vieilles familles. Et ce que raconte Catherine de la mort de son fils, n'est pas supportable. Il faut qu'elle cesse, qu'elle se taise. Sous cet aspect glacial et invulnérable transparaît une peur terrible.
Catherine aussi a peur et même abrutie par les tranquilisants se débat pour éviter cette opération terrifiante (et qu'avait subi Rose, la sœur de Tennessee Williams, la laissant diminuée à vie). Sa mère et son frère ont peur, eux aussi, car parents pauvres de la famille, ils craignent pour leur avenir la colère de Madame Venables.

Seul, le jeune psychiatre, le docteur Cukrowicz (sucre en polonais), que l'on appelle docteur Sugar (Igor Mendjiisky), échappe à la peur, à l'atmosphère pesante et étouffante. Lui seul parait pouvoir échapper au chantage de madame Venable qui lui a promis une somme substantielle pour son hôpital s'il opère Catherine.
Sur lui seul repose l'intrigue policière, que s'est-il passé à Cabeza de Lobo? A lui de démêler le vrai du faux, de comprendre, d'analyser. Il regarde, il écoute, correct, responsable.

Les comédiens sont magnifiques (en particulier Agathe Alexis et Marie Delmarès) et font oublier ce que la pièce peut avoir d'un peu suranné, mieux d'ailleurs, ils en profitent pour l'installer dans cet autre temps, pas si lointain où l'homophobie, le racisme, la xénophobie étaient si ordinaires que l'on ne trouvait que quelques voix pour les contrer. Quoique....

Jusqu'au 13 décembre .Mardi, mercredi, vendredi, samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche 16 heures


Avec Liliom de Ferenc Molnar (texte français de Kristina Rady, Alexis Moati et Stratis Vouyoucas. Ed  Théâtrales. Dossier de presse, ici ) changement à vue. La pièce, créée en 1909, est inspirée d'une "histoire de banlieue de Budapest aussi naïve et primitive que celles qu’ont coutume de raconter les vieilles femmes de Josefstadt" écrivait l'auteur.
On est dans une fête forraine un peu minable. Liliom (Jean-Christophe Folly) est un bonimenteur fameux qui attire les gogos sur le manège de Madame Muscat (Emmanuelle Ramu) et parmi eux, les "petites bonnes", employées dans les beaux quartiers. Son bagout, son charme, sa prestance physique lui valent  de multiples conquêtes féminines.

Pas étonnant donc que la petite Julie (Naidra Ayadi), venue un jour de congé  avec sa copine Marie (Boutaïna Elfekkak),  en tombe amoureuse. Plus étonnant peut-être qu'ils se mettent en ménage et qu'il ne veuille plus la quitter, au risque de perdre son job.
Mais sans argent, pas de survie. Liliom aigri bat sa femme enceinte, s'ennuie, s'énerve. Il accepte  de s'attaquer au convoyeur de fonds d'une usine par l'intermédiaire de son voyou de copain, Dandy (Geoffroy Rondeau). Le traquenard  tourne mal, il se suicide et monte au ciel...Là, accueilli non par dans anges, mais par des "détectives de Dieu", semblables aux policiers qui lui ont donné la chasse sur terre,  il gagnera le droit de revenir pour se racheter...




Marie Ballet, la metteuse en scène, a réussi à donner au spectacle une atmosphère à la fois douce et ironique, tendre et onirique, laissant  transparaître  sans appuyer la violence et la misère  qui sous-tendent  la pièce.
 Et le casting n'est pas la moindre réussite du spectacle. Les jeunes comédiens sont absolument parfaits, simples comme leur histoire, habités de l'énergie de ceux qui n'ont rien à perdre même s'ils diffèrent sur la fin et les moyens. La gentille Marie et son beau portier, Balthazar (Matthieu Fayette) suivront le droit chemin, mais Julie ne se laissera jamais abattre, résistant à Liliom et au destin, élevant sa fille Louise (Noémie Develay-Ressiguier) le plus convenablement du monde. Restera à accueillir Liliom...






Jusqu'au 19 décembre. Du mardi au samedi 20 heures , dimanche 16h30. A noter, on peut voir le dimanche ces deux pièces épatantes dans la foulée, avec même le temps de faire une petite dînette au bar, et la Cartoucherie, un dimanche après-midi, c'est un vrai plaisir pour les Parisiens qui ont besoin de changer d'air.


Photos: Antonia Bozzi






mardi 24 novembre 2009

Théâtre, Phèdre , un nouveau regard


Trop tard pour aller voir Phèdre à Montpellier, où la nouvelle création de la compagnie Didascalies and co et du metteur en scène Renaud Marie Leblanc, s'est jouée jusqu'au 21 novembre. Mais la tournée est prévue, donc à vos agendas, ici (avec mention spéciale pour le coucou qui aura peut-être le temps de pousser jusqu'à Draguignan?).
Dans un décor tout blanc qui suggère aussi bien le  marbre des palais antiques qu'une cellule capitonnée de maison de repos, le metteur en scène donne à la pièce une modernité issue de son long travail sur les auteurs  de théâtre contemporains (Lars Noren,Thomas Bernhardt...) qui peut déplaire aux farouches défenseurs du Répertoire, mais qui séduira les autres et j'en suis.
La lumière aveuglante, chauffée à blanc, poursuit Phèdre, fille de Minos et de Pasiphaé, sœur d'Ariane, demi-sœur du Minotaure, épouse de Thésée, jusqu'à la fin de la pièce, jusqu'à la mort. Phèdre est terriblement seule, Thésée est parti depuis de longues années et l'annonce de sa mort ne surprendra personne. Elle n'a qu'un seul appui, sa nourrice,Œnone, sa confidente, bon ange et mauvais ange. Amoureuse d'Hippolyte, elle refuse cette passion qui la dévore, la consume, l'affole, la transforme en fantôme,  prostrée, se fuyant elle-même. Et même si les alexandrins sont respectés, appuyés même, on est au plus près d'un théâtre de la folie, de la violence, du désespoir.
Les jeunes gens sont bien plus candides, touchants et un peu ridicules. Parfois d'ailleurs, un rire échappe en  lèse-majesté, le sacrilège atteignant le public un bref instant.Comme un contrepoint, une pause dans le malheur, la souffrance, la tragédie.
Mais c'est aussi un bel hommage aux acteurs, et surtout aux actrices, Roxane Borgna (Phèdre) et Francine Bergé (Œnone) sont magnifiques.
Dossier de presse ici

photo © Quentin Bertoux
 
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